Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Roland Barthes évoque la force de commandement dont est dotée la structure de la langue, qui entrave parfois le dire au service des structures sociales du pouvoir établi.
L’article du 18 janvier 2012 du blog « Passeur de sciences » dans lemonde.fr, nous fait découvrir une variante plus gaie de cette maxime. Une équipe de statisticiens de l’université du Vermont ont voulu déterminer si les langues que nous parlons sont marquées affectivement, ou bien si elles sont neutres.
Se fondant sur un corpus allant du New York Times aux Beatles, en passant par Twitter, ces scientifiques ont attribué une valeur graduée de 1 (lugubre) à 9 (très joyeux) aux connotations des mots extraits, par exemple, de quelque 300 000 textes de chansons écrits entre 1960 et 2007. Ce corpus abondant a permis de donner lieu à des observations rigoureuses. L’une des conclusions les plus frappantes de la recherche démontre que le New York Times affiche jusque dans son annonce des mauvaises nouvelles un optimisme chevronné, relayé par un lexique aux connotations essentiellement positives.
Le corpus le plus sombre est celui des paroles de chansons, avec des classiques tels qu’ « Eleanor Rigby » des Beatles, qui font pencher la balance vers le bas.
La difficulté reste bien sûr, face au sens du sarcasme bien connu des Anglais, de déterminer si l’attitude positive de la langue face à la vie relève de la joie de vivre ou plus simplement d’un cynisme qui participe de l’efficacité de cette langue même.
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