Jean-Didier Vincent, après avoir été président du conseil de département des sciences de la vie du CNRS, professeur à l'Institut universitaire de France et à la Faculté de médecine de Paris-Sud, directeur de l'Institut de neurobiologie Alfred Fessard du CNRS, est désormais membre de l’Institut et de l’Académie de médecine. Sa position de chercheur pionnier en neuroendocrinologie se complète d’une réflexion sur l’éthique des sciences qu’il nourrit dans le cadre de plusieurs comités d’éthique (COMEPRA, UNESCO, ICSU).
« Le clonage permettra le triage d’embryons, l’élimination comme l’ajout de certains gènes ; on fera même des Frankenstein réussis—des chimères, au strict sens du mot. Sans même évoquer les questions d’éthique, auxquelles il serait bon de réfléchir en amont, les conséquences sur le plan social risquent d’être particulièrement destructrices. Le sexe n’ayant plus d’importance, que restera-t-il de nos amours ? Complètement séparés de la reproduction, que vont devenir le désir, l’érotisme, la culture qui est toujours, peu ou prou, sexuelle ? Il faudra enterrer solennellement le Dr Freud ! ( …) J’ai rencontré un prophète et grand mathématicien nommé Eliezer Yudkowsky, qui ne désespère pas de créer des algorithmes grâce auxquels on pourra introduire dans les cerveaux de la pensée nouvelle et des capacités de conceptualisation, pour l’heure inimaginables. Penser l’impensable ! Mais que sera l’impensable dès lors que nous n’aurons plus l’angoisse de la mort et de l’au-delà, sur quoi se construit la métaphysique ? Frustrés au départ, frustrés à l’arrivée ! »
Jean Didier Vincent, Le Figaro Magazine, 28 octobre 2011
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