Yannick Jaulin et Sébastien Bertrand, Chemin de la belle étoile, Les ateliers du Cèdre, 2011
« Le premier savoir faire de Yannick Jaulin fut de tendre l’oreille. » Un ami, Sébastien Bertrand, musicien traditionnel breton, lui écrit, à l’issue d’une représentation de Forêts. La pièce de Wajdi Mouawad, dans laquelle jouait ce soir là Jaulin, l’a remué profondément, car elle l’a ramené au lointain souvenir de ses origines libanaises. Il se raconte, en narrant son voyage initiatique vers Beyrouth en la compagnie de Jaulin. Ce dernier adaptera cette histoire pour la scène.
« En racontant mon histoire, je suis devenu un « gapadchenous ».
Un gars qui m’a dit : « Ollez quand même incroyable qu’o soit un gars pas de chez nous qui porte not musique traditionnelle… »
« A quinze ans j’ai retapé ma première moto de collection : une Terrot ecclésiastique, une moto pour les curés, vous savez, avec le réservoir devant et un creux pour poser la soutane et les filets sur la roue arrière pour empêcher que la soutane ne se prenne dans les rayons.
(…) Y avait trois cent motos dans le garage de mon père : Tricycle Deudion Bouton, New Imperial 3000, Labor d’avant la guerre 14, Griffon bicylindre. Elles chantent comme des vieilles. Elles me touchent.
J’ai collecté le marais tout entier avec mon père. On l’a trimballé partout ce Revox. Mon père était persuadé qu’il fallait connaître son passé pour mieux exister aujourd’hui mais jamais l’idée ne m’était venue que je pourrais aller collecter ma propre histoire. »
« Pourquoi mon histoire n’est elle pas douloureuse ?
C’est quoi la normalité d’une famille ?
Les liens du sang ?
(…) Y en a des loups dans les placards… »