François Chérèque, Patricia, Romain, Nabila et les autres. Le travail, entre souffrances et fierté, Albin Michel, 2011
« La déshumanisation du langage traduit celle de l’organisation dans laquelle le salarié de Pôle Emploi évolue désormais. On ne parle plus de M. ou Mme Untel, mais de "portefeuille" et de "clients" ; On communique avec eux via le "front office" ou le "back office" dans une relation normalisée, chronométrée. Une organisation rationalisée qui s’applique à ignorer la réalité…. »
Quelques champs lexicaux extraits du livre :
Au Pôle Emploi : malaise, déstabilisante, relation impersonnelle et superficielle, charge de travail énorme, quasi insupportables, désarroi, souffrance, inquiétude, agression, sentiment de culpabilité des agents.
Dans le management : standardisation, orwellien, manœuvre, pervers, process, saturer le client, faire du chiffre, tension, stress au travail, mépris, pression, dégradation du moral.
« Beaucoup de collègues (d’un groupe mutualiste) aiment leur métier mais ont de plus en plus de mal à y trouver du sens, c’est même un vrai conflit d’éthique personnel chez certains. »
A la Préfecture de Bobigny : situation « insupportable », « ingérable », « insultes », « invivable », « souffrance » et « honte » des personnels dont le nombre ne suffit pas à répondre à la demande, « humiliation » et « exaspération » des populations en file d’attente, asphyxie.
Dans le service de la RATP en Seine-Saint-Denis : enfin, il reste du « professionnalisme » et l’amour du métier à la RATP en Seine-Saint-Denis, mais la dangerosité y va de pair avec une certaine mission sociale, assumée par les machinistes (conducteurs) qui sont les derniers, avec les agents de La Poste, à se rendre encore dans certains quartiers isolés et violents. « Incivilités » mais aussi « plaisir de conduire ». Rationalisation des procédures mal acceptée par les équipes (perte du lien humain, plus de tutoiement ou de « relationnel » au profit du « management à distance »). Manque d’effectifs pour assurer pleinement la mission de protection des vigiles, face aux agressions sur lesquelles peu de communication est faite en interne.
Mais où va donc le monde du travail ?