Dans son dernier ouvrage, Jean-Marc Sylvestre en collaboration avec Olivier Pastré tentent d’éclairer les vérités et légendes sur la crise.
Le livre s’ouvre sur un remarquable exemple de storytelling : l’histoire de Rosa, Bolivienne victime de la crise de 2008.
Au début des années 80, Rosa, attirée par le rêve américain, fuit la pauvreté bolivienne. Elle cherche à s’intégrer et vit toujours chichement.
Trente ans plus tard, surendettée et sans un sou, elle rentre en Bolivie et s’aperçoit de l’épanouissement du pays qui, du fait entre autres, des délocalisations s’est enrichi, alors que les populations nord américaines, dont elle faisait partie, se sont appauvries.
Avec efficacité, le détour de la narration met en scène l’absurdité du système mondial et la déception des populations qui ont cru, à une époque, dans les promesses de pays dynamiques et séduisants.
Le livre est aussi émaillé de vérités que l’on cherche à camoufler tant elles font froid dans le dos :
« La crise est finie. Pour de nombreux Chinois, Brésiliens ou Indiens, c’est certain. Mais pour beaucoup en Occident et en Europe, la vraie crise commence et le plus dur reste à venir. » p 51
« Les projets de contrôle des prix agricoles fleurissent depuis peu aux quatre coins de la planète. Ce contrôle, qui est quasiment impossible à mettre en œuvre de manière rigoureuse, a l’inconvénient d’accentuer, dans les pays qui le pratiquent, l’antagonisme entre les villes et les campagnes. Quand les prix sont bas, les campagnes sont ruinées. Et quand les prix sont hauts, ceux-ci affament les villes, sans relais possible des campagnes qui n’ont pas pu investir quand les prix étaient bas. Cela donne les « émeutes de la faim », qui bien souvent se doublent de guerres civiles entre les populations dont les intérêts respectifs ont été opposés par le contrôle des prix. » p 215
Avant d’être un grand journaliste économique, Jean-Marc Sylvestre reste un journaliste aigu et un vrai pédagogue.
Olivier Pastre et Jean-Marc Sylvestre, On nous ment ! Vérités et légendes sur la crise, Fayard, 2011