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Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Roland Barthes évoque la force de commandement dont est dotée la structure de la langue, qui entrave parfois le dire au service des structures sociales du pouvoir établi.
L’article du 18 janvier 2012 du blog « Passeur de sciences » dans lemonde.fr, nous fait découvrir une variante plus gaie de cette maxime. Une équipe de statisticiens de l’université du Vermont ont voulu déterminer si les langues que nous parlons sont marquées affectivement, ou bien si elles sont neutres.
Se fondant sur un corpus allant du New York Times aux Beatles, en passant par Twitter, ces scientifiques ont attribué une valeur graduée de 1 (lugubre) à 9 (très joyeux) aux connotations des mots extraits, par exemple, de quelque 300 000 textes de chansons écrits entre 1960 et 2007. Ce corpus abondant a permis de donner lieu à des observations rigoureuses. L’une des conclusions les plus frappantes de la recherche démontre que le New York Times affiche jusque dans son annonce des mauvaises nouvelles un optimisme chevronné, relayé par un lexique aux connotations essentiellement positives.
Le corpus le plus sombre est celui des paroles de chansons, avec des classiques tels qu’ « Eleanor Rigby » des Beatles, qui font pencher la balance vers le bas.
La difficulté reste bien sûr, face au sens du sarcasme bien connu des Anglais, de déterminer si l’attitude positive de la langue face à la vie relève de la joie de vivre ou plus simplement d’un cynisme qui participe de l’efficacité de cette langue même.
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Louis Bériot, Ces animaux qu’on assassine, Fayard, 2012
La mouvance des droits des animaux fait des émules avec la nouvelle emprise sur les esprits et le débat public de la question du développement durable. Cet intérêt pour la condition animale, richement questionnée par la philosophe Elizabeth de Fontenay avec Le silence des bêtes, paru chez Fayard en 1998, trouve ici une nouvelle expression avec Ces animaux qu’on assassine, par Louis Bériot, riche enquête publiée chez Fayard ce mois-ci. L’auteur, renommé pour ses positions en faveur de la protection de la nature depuis les années 70, mène ici son combat pour la protection du tigre, des éléphants et autres animaux victimes de la mondialisation du trafic qui utilise leur ivoire et leur viande.
« Où est le problème ? demandai-je. On a fait d’un tueur un gros chat. Ça fait des milliers d’années que l’homme s’amuse à transformer les bêtes sauvages en animaux domestiques (…) Le tigre n’est-il pas qu’un animal de plus dans sa longue expérience de domestication ?
Sarah Christie nous précisa que les tigres étaient un indicateur précieux de la santé de l’écosystème des forêts ; sauver le tigre était un réel défi et serait un test. « Si nous le relevons, ajouta-t-elle, nous pourrons, peut-être encore, sauver la planète » (…)
- Vous êtes une militante des droits des animaux, lâchai-je en guise de compliments.
- Sûrement pas ! rétorqua Sarah Christie, sur un ton qui frisait l’indignation. Je n’ai rien à voir avec ces gens-là, c’est un autre monde. La défense de l’intégrité des animaux a davantage besoin de recherche scientifique, d’études, de sérieux que de déclarations émotionnelles. »
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Au XVIe siècle, l’obsession de la communauté scientifique était d’élucider le mystère de la marche des astres. Au XXIe, le désir dominant est désormais de comprendre comment fonctionne notre cerveau.
Un article signé par Alun Anderson pour The Economist, et traduit dans le hors-série de décembre-février de Courrier International, décrit le cerveau humain comme « l’objet le plus complexe que nous connaissions dans l’univers ». Il est seulement dépassé dans l’intrication numérique de ses connexions par la Voie Lactée, forte de 200 milliards d’étoiles et de poussières.
La différence entre les cieux et l’esprit, nous affirme le scientifique, c’est qu’une tempête sous un crâne se déroule « dans une boîte crânienne d’une contenance d’environ un litre et demi » alors que les astres, eux, se meuvent dans une galaxie.
Face à cette constatation, un groupe de scientifiques a décidé d’établir, au moyen de tests d’imagerie cérébrale sophistiquée, une cartographie des principales connexions cérébrales, au sein du « Human Connectome Project. »
1200 volontaires ont été choisis. La majorité d’entre eux ont été sélectionnés par fratries, et notamment par paires de jumeaux, « afin de mieux mettre en évidence la manière dont l’inné et l’acquis s’inscrivent dans le développement cérébral ».
Ces sujets passeront sous des scanners de type IRM, extrêmement sophistiqués. Le but du projet est d’offrir aux scientifiques une vision nouvelle du cerveau. Elle leur permettra d’en apprendre davantage sur les processus mentaux et leurs troubles.
Certains troubles tels que la dépression pourraient ainsi, à terme, être soignés avec davantage d’efficacité.
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Le Point dévoilait le 24 novembre 2011 un classement subjectif des meilleurs livres de 2011. Un petit panel de jurés, de Jean Paul Enthoven à Elisabeth Lévy, a procédé à une sélection riche et diverse.
On y retrouve le Limonov d’Emmanuel Carrère, primé par le Renaudot et publié chez POL : l’histoire d’un excentrique, « poète voyou », icône punk et marchand d’armes.
Delphine de Vigan et son sensible Rien ne s’oppose à la nuit signe, d’après le jury, « le roman le plus bouleversant de la rentrée littéraire », publié chez JC Lattès.
Sylvain Tesson nous entraîne Dans les forêts de Sibérie, au bord du lac Baïkal, auprès duquel il se ressource loin des bruits du monde, dans une aventure salutaire et intime.
Cette solitude choisie tranche avec les destinées collectives du tome 1 de L’origine des systèmes familiaux, par Emmanuel Todd, publié chez Gallimard. Il s’agit d’une colossale entreprise intellectuelle fondée sur quarante ans de recherche, qui nous ramène aux racines de l’Occident avec le modèle archaïque de la famille nucléaire.
La famille semble revenue au premier rang des préoccupations des auteurs cette année.
Jeanne, paru aux Editions de Fallois, rappelle à nous la mémoire de Jacqueline de Romilly, première femme professeur au Collège de France, disparue cette année ; à l’instar de Delphine de Vigan, elle consacre cet ouvrage à sa mère.
Est sélectionné sans surprise L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni, publié chez Gallimard et déjà primé au Goncourt. L’ouvrage, qui traite de la colonisation, égratigne quelques mythes au passage.
Les trois volumes de L’histoire de la virilité, par Alain Corbin, Georges Vigarello et Jean-Jacques Courtine, publiés au Seuil, recomposent les figures traditionnelles de la masculinité.
A période de crise et d’incertitudes, palmarès rassurant, pourrait on déduire de cet exercice.
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La loi du 29 juillet 1881 sur la presse stipule que « toute expression outrageante, terme de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure ».
Bruno Fuligny rassemble en un savoureux Petit dictionnaire des injures politiques nombre de saillies mémorables lâchées dans l’hémicycle et ailleurs. Paru chez l’Editeur en 2011, cet ouvrage caustique rappelle que l’époque des petites phrases n’est pas apparue avec le marketing et le storytelling.
Si ces petites phrases aujourd’hui peuvent détruire une image de marque et enterrer une campagne, celles qui se trouvent ici référencées ont provoqué un temps des duels aussi bien que des rires étouffés. A l’heure de la crise financière, il est notamment amusant d’y relire cette pique d’Edgar Faure à l’encontre d’Antoine Pinay : « Sa politique financière était vraiment la sienne. C’est ce qui fit sa faiblesse. »
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Procédé poétique qui puise dans un phénomène cérébral son inspiration, la synesthésie a gagné ses lettres de noblesse avec Baudelaire, notamment par ce vers bien connu des Correspondances : « Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants, / Doux comme des hautbois, verts comme des prairies, / Et d’autres corrompus, riches et triomphants… » Ce terme technique de synesthésie désigne médicalement, selon le Petit Robert 2008, un « trouble de la perception sensorielle, caractérisé par la perception d’une sensation supplémentaire à celle perçue normalement, dans une autre région du corps ou concernant un autre domaine sensoriel ». Le littéraire trouve ici dans le biologique du répondant.
Le terme de synesthésie recouvre ainsi plusieurs types de perceptions : certains synesthètes associent spontanément aux phonèmes le sens du goût, enrichi par le vécu particulier du sujet. D’autres, selon le trouble de la perception la plus répandue, associent aux graphèmes (chiffres et lettres) ou à des notes de musique une couleur particulière, à l’instar du poème Voyelles de Rimbaud. Mots et lettres ont, selon le procédé de personnification, des traits de personnalité.
Un article du Monde du 26 novembre 2011 cite un témoignage repris par Wikipédia, « I est un peu angoissé parfois, même s’il est plutôt enjoué (…) K est une femme silencieuse et responsable. » On peut relier cette fantaisie cérébrale à celle des journalistes Léonore Chaix et Flor Lurienne, auteurs du livre et du spectacle Déshabillez mots, publié en 2011 par Flammarion, dans lequel elles personnifient avec grâce les mots de tous les jours. « Distraite, la Légèreté se balance sur sa chaise. – Que cachez vous, la légèreté ? – Des porte-jarretelles. – Quel est l’homme qui vous représente le mieux ? – Marcello Mastroianni. »
Selon des recherches récentes citées par l’article, ce phénomène est apparemment lié à une hyperexcitabilité cérébrale. La stimulation magnétique du cortex occipital permettrait désormais de contrôler ces synesthésies créatrices. De nombreux artistes, de Vladimir Nabokov à Rimsky-Korsakov, ont éprouvé ce trouble et créé des œuvres traduisant cette transfiguration du monde.
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Internet favorise la multiplication des sources et des médias.
La gratuité de ses contenus a longtemps été accusée de détruire peu à peu le monde du journalisme et de l’édition. Pourtant, la richesse des données que la toile met à portée de main, les lectorats qu’ouvrent les blogs doivent nous faire réfléchir à ce qu’Internet peut apporter à l’écrit, et en particulier à l’écrit littéraire. Les Inrockuptibles consacraient le 28 septembre 2011 un article à ce que la révolution numérique a apporté aux écrivains qui l’apprivoisent.
François Bon s’y agace notamment du discrédit porté sur les réseaux sociaux au nom des distractions qu’ils supposent, empêchant l’introspection nécessaire à l’écriture : « On nous emmerde avec Twitter, mais Proust passait son temps à écrire des pneus, le Twitter de l’époque. Ca ne me gêne pas de travailler un texte tout en étant connecté à Twitter et en écoutant de la musique sur Spotify. Il faut certes se concentrer mais en même temps il n’y a rien de nouveau à écrire au milieu des bruits et des conversations. » Là où Perec pouvait écrire la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, l’écrivain se trouve désormais confronté à l’inépuisable renouvellement des ressources de la toile. Si les éditeurs ont du mal, pour cause de droits, à accepter la numérisation de l’écrit publié, les écrivains apprivoisent avec plaisir « l’impression de la liberté du carnet et du crayon » de François Bon, avec les blogs, et « l’ardoise magique » de l’Ipad pour Marie Darrieussecq. L’Internet se fait cahier, transportable à volonté et lisible par n’importe qui. Il offre en amont des possibilités de recherche immenses : selon Liberati, sa Jayne Mansfield 1967 n’aurait pu être écrite 20 ans plus tôt, faute des moyens techniques permettant aujourd’hui un voyage hyperréaliste de son fauteuil. Google Earth a ainsi permis à l’écrivain de visualiser les lieux sans s’y rendre, de les reconstituer – notamment celui de l’accident de la starlette. Si la lecture est dépaysement et ouverture, alors l’Internet ne ferait finalement qu’enrichir le voyage en permettant de le rendre accessible au plus grand nombre.
La multiplication des blogs et autres plateformes d’expression parle en ce sens, et donne à voir la richesse de ce qu’entre de bonnes mains écrivantes, l’Internet peut offrir.
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